Temoignage
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Je ne suis pas à l’aise quand un sujet intime se transforme en formule. Dans la rubrique DireOuPas, le tag Témoignage me convient justement parce qu’il me ramène à quelque chose de concret, de vécu, de fragile aussi. Je ne parle pas d’une idée abstraite quand j’écris là-dessus. Je parle de ma manière à moi d’avancer entre le besoin de me dire et le besoin de me protéger, entre l’envie d’être compris et le refus de me forcer. Dans ma vie de NoeTransit, je sais combien la parole peut soulager, mais je sais aussi combien elle peut figer une rencontre si elle arrive trop vite, trop fort, ou sans respect du bon moment. Je vis ce sujet à hauteur d’homme, pas à hauteur de doctrine. Je suis archiviste, et ce métier m’a appris à regarder autrement ce qui reste, ce qui se transmet, ce qui s’efface aussi. Je passe mon temps avec des traces, des passages, des journaux, des photos, des fragments de mémoire, et cette pratique m’a donné une forme de patience dans le lien. J’ai compris que tout ne mérite pas d’être arraché au silence au même instant. Il y a des confidences qui demandent un quai, un trajet, une première confiance, parfois même un détour. C’est sans doute pour cela que je me sens à la fois ouvert et prudent, franc et mesuré. Je me reconnais dans une allure androgyne, dans des manteaux utiles, dans des détails vintage choisis avec soin, parce que j’aime que ce que je montre dise quelque chose de moi sans me réduire à une explication. Le témoignage, pour moi, n’est pas une performance. Ce n’est pas non plus une confession totale. C’est une façon de dire je sans jouer un personnage. Quand je parle de mon orientation pan, de mon coming out, ou de ma place dans un décor social parfois plus tranché que moi, je ne cherche pas à provoquer ni à me justifier. Je cherche à être exact. J’ai appris que les mots trop rapides peuvent blesser, et que les jugements encore plus rapides peuvent enfermer quelqu’un dans une version qui n’est pas la sienne. Alors je préfère nommer les choses avec tact. Je préfère dire ce qui me traverse, ce qui me rassure, ce qui me met en alerte, et ce que je ne veux pas livrer n’importe où. Cette manière de témoigner me ressemble, parce qu’elle respecte à la fois mon besoin de vérité et mon besoin de dignité. Si je m’inscris dans DireOuPas, c’est aussi parce que j’y vois un espace où la nuance a encore sa place. Je n’ai pas envie d’un discours qui simplifie tout, ni d’un récit qui s’impose comme un modèle. Je veux pouvoir parler d’intimité, de relation, de confiance, de désir aussi, sans devoir choisir entre le silence et l’exhibition. Le mot Témoignage me permet cela: partir de ce que je vis, le dire avec honnêteté, et laisser à l’autre la possibilité d’écouter sans conclure trop vite. Au fond, je crois que mon vrai soulagement tient là-dedans: ne pas me déguiser, ne pas me forcer, et garder assez de place pour que la parole reste un pont, jamais une injonction.