DJ
Dans les années 1950, des personnalités comme Clement "Coxsone" Dodd et Arthur "Duke" Reid ont élaboré des systèmes de sonorisation mobiles appelés sound systems. Ces discothèques ambulantes, axées sur la mise en valeur des basses, sont devenues populaires à Kingston, notamment dans les ghettos. Les DJ, comme U-Roy, y animaient les soirées en posant leur voix sur les morceaux et en faisant danser le public.
Les sound systems jouaient principalement du rhythm and blues importé des États-Unis. Face à la demande croissante, les propriétaires ont commencé à produire leur propre musique, d'abord du rhythm and blues, puis des styles locaux comme le rocksteady et le ska. Cela a conduit à la naissance du reggae.
DJ Kool Herc, un Jamaïcain installé à New York en 1967, a contribué à la création du rap en enchaînant des extraits rythmés de morceaux, une technique qu'il a développée en s'inspirant des sound systems jamaïcains. Grandmaster Flash et Afrika Bambaataa ont ensuite perfectionné ces techniques et popularisé la culture hip-hop.
Les DJ de l'époque refusaient d'enregistrer en studio, préférant l'énergie des Block Party. Cependant, des mixtapes pirates ont popularisé leur style. En 1979, Sugar Hill Records a sorti le premier titre enregistré de ce style, "Rapper’s Delight", qui a permis au rap de se faire connaître au-delà des cercles de DJ.
Période Disco : À partir de 1965, Terry Noel révolutionne les discothèques new-yorkaises en offrant un flux continu de musique soul. Francis Grasso, un autre pionnier, perfectionne la synchronisation des titres, préfigurant ainsi le mixage contemporain. D'autres DJ, comme Nicky Siano et David Mancuso, créent des ambiances uniques dans leurs clubs ou lofts. Dans les années 1970, le disco explose à New York, avec des clubs légendaires comme le Studio 54 et le Paradise Garage, où Larry Levan crée une véritable culture du club. Cependant, dans les années 1980, le disco passe brutalement de mode.
Naissance de la House et de la Techno : Frankie Knuckles, ami de Larry Levan, déménage à Chicago et développe la house music à la Warehouse. Ron Hardy poursuit ces expérimentations au Music Box, posant ainsi les bases de la house music. La house devient un style musical avec la publication des premiers enregistrements en vinyle dans les années 1980.
À Detroit, Charles Johnson, alias The Electrifying Mojo, diffuse une sélection éclectique de musiques à la radio, inspirant des DJ comme Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, surnommés The Belleville Three. Ils créent les premiers morceaux de techno en utilisant des synthétiseurs et des équipements électroniques. Jeff Mills, alias The Wizard, enchante les auditeurs de Detroit avec ses expérimentations musicales à la radio.
À la fin des années 1990, le rap et la musique électronique deviennent populaires, permettant à de nombreux DJ de se faire connaître. Les années 2000 marquent un tournant avec deux phénomènes : les DJ deviennent des stars internationales avec des cachets élevés et le numérique transforme leur outil de travail, remplaçant les vinyles par des CD, puis des fichiers numériques, rendant la pratique plus accessible.
Vers 1997, le mouvement de la "french touch" porté par Daft Punk, Air ou Cassius inaugure une nouvelle ère. Les clubs et les soirées proposent des cachets élevés pour accueillir les meilleurs DJ. Ibiza devient la destination phare pour les amateurs de musiques électroniques, augmentant les prix d'entrée des clubs et les cachets des résidents. Des DJ comme David Guetta et Bob Sinclar signent avec de grosses maisons de disques.
En France, Laurent Garnier reçoit une Victoire de la musique pour son album "30" en 1998, marquant une reconnaissance institutionnelle pour les DJ. D'autres récompenses suivent, comme celles pour Birdy Nam Nam en 2010 et David Guetta, élu DJ no 1 de house par DJ Mag en 2009. La deuxième vague de la "french touch" au tournant des années 2010 voit émerger des DJ comme Busy P (Pedro Winter) et le groupe C2C.
Aujourd'hui, la frontière entre compositeur et DJ s'estompe avec l'utilisation d'outils numériques pour mixer et composer. La profession devient plus accessible grâce à Internet et aux logiciels de mixage, augmentant la concurrence. Ce sont désormais les DJ composant leur propre musique qui remportent le plus de succès.
Source: Universalis