Drogues
Type:
Passe, present, futur...
L'approche contemporaine de la toxicomanie a beaucoup évolué grâce aux efforts de médecins, éducateurs, sociologues, anciens "drogués" et associations. On parle maintenant de substances psychoactives, de dépendance, d'addiction, de comportement "toxico", plutôt que simplement de "drogue". Cependant, le concept de drogué n'a pas disparu, bien que perçu de manière moins négative.
Classification et usage des drogues
Substances variées : Les classifications de drogues "dures" et "douces" sont relatives, et de nombreux produits pharmaceutiques et solvants organiques sont utilisés de manière toxicomaniaque.
Drogues de plaisir et de besoin : Les drogues de plaisir sont utilisées pour des sensations inédites, tandis que les drogues de besoin (tranquillisants, excitants) sont utilisées comme palliatifs dans une société stressante.
Nature de la toxicomanie
Causes et effets : L'usage de drogues peut être une quête pour échapper à la réalité, soulager des douleurs ou explorer de nouveaux états de conscience. La société tente de distinguer entre usage réversible et irréversible des drogues, mais la marginalité des utilisateurs reste un problème.
Marginalisation : Les alcoolodépendants et autres consommateurs de drogues peuvent représenter une part significative de la population active, et leur marginalisation est parfois volontaire, perçue comme une transgression des normes sociales.
Contexte historique et culturel
Usage traditionnel : Certaines drogues étaient utilisées dans des contextes thérapeutiques ou cultuels, tandis que d'autres, comme l'alcool en Amérique du Sud, ont été introduites par la colonisation européenne.
Développements scientifiques : L'évolution des substances psychoactives, de l'opium à l'héroïne, reflète des développements scientifiques, médicaux et sociaux de la rationalité occidentale.
Dimension économique
Trafic de drogue : Le trafic de drogue répond à une logique de marché où l'offre et la demande s'ajustent rapidement. Les bénéfices annuels du trafic de drogue sont estimés à plus de 400 milliards de dollars, alimentant une économie souterraine qui finance souvent des conflits régionaux.
La toxicomanie est un phénomène complexe influencé par des facteurs sociaux, culturels, scientifiques et économiques. Les efforts pour comprendre et traiter la toxicomanie doivent prendre en compte ces différentes dimensions pour être efficaces.
Les aspects psychologiques et sociologiques de l'usage des substances psychotropes, en particulier dans le contexte des troubles alimentaires comme l'anorexie et la boulimie, et les comportements toxicomaniaques.
Les paradoxes du corps mort
Anorexie et boulimie : Ces troubles alimentaires révèlent une obsession de la faim et du désir qui se referme sur le vide. Ce qui est ingéré peut ne pas nourrir, et l'équilibre entre besoin, plaisir et désir est complexe.
Lien avec la drogue : Louis Lewin remarque que les substances psychotropes, comme le vin, le café, et le thé, sont intimement associées à la vie des peuples, tout en excédant les simples besoins physiologiques. Le désir dépasse les besoins vitaux, et les différentes théories du besoin mettent en avant cette distinction.
Plaisir et illusion
Rôle du plaisir : Les discours sur l'absorption des produits psychotropes font souvent référence à un certain plaisir, qui atténue un mal-être et procure un sentiment de soi-même. Cette idée s'applique tant aux drogues dures qu'aux alcooliques.
Illusion de réconciliation : L'usage de drogues est perçu comme une tentative de réconciliation intérieure, une recherche d'équilibre individuel et subjectif, souvent en opposition à la rationalité sociale dominante.
Culture et société
Valeur coutumière des aliments : Les substances comme le peyotl, la coca, et le vin ont une valeur coutumière dans leurs sociétés respectives. Les discours diététiques dans les sociétés développées révèlent des doutes sur les besoins et les désirs.
Rationalité sociale : Les sociétés de consommation valorisent l'efficacité et la productivité, et les drogues sont vues comme échappant à cette rationalité, constituant un refus de l'ordre social.
Équilibre individuel
Revendication du droit au plaisir : Antonin Artaud exprime que chaque individu est juge de la douleur qu'il peut supporter, une revendication que la société contemporaine accepte de manière subreptice en imposant un regard médical sur la subjectivité.
Pharmacomanie et toxicomanie : La "pharmacomanie" devient une forme diluée mais instituée de la toxicomanie, intégrée dans la société par un cadre médicalisé.
comment l'usage de drogues est lié à la perception que chacun a de son corps et de sa vie. Les substances psychoactives ont un impact notable sur la pensée, même si le consommateur moyen en est souvent inconscient. Les drogues modifient la perception et procurent une sensation de bien-être qui peut être recherchée pour diverses raisons.
Effet des substances psychoactives
Perception et pensée : Les drogues confèrent aux sensations une puissance et une durée dépassant les facultés normales du cerveau. Même des substances courantes comme la cigarette ou l'alcool peuvent modifier la perception.
Expérience et démonstration : Henri Michaux, en utilisant la psylocybine, décrit une aventure de la pensée, où corps et esprit sont perçus différemment, loin de la vision médicale traditionnelle du corps.
Rôle du plaisir et du désir
Plaisir et jouissance : La consommation de drogues est souvent associée à une quête de plaisir, de jouissance et de réconciliation intérieure. La demande de vie et d'abolition de la mort est présente, ainsi que l'exigence de jouissance sans borne.
Lien avec la religion : Les substances psychotropes sont liées aux religions, apparaissant comme des moyens pour l'homme de « être son corps », en abordant aussi la question de la mort.
Comportement des toxicomanes
Confrontation avec la mort : Les drogués courent souvent vers les centres de soins en cas de danger, mais reviennent rapidement à leur poison une fois rétablis. Le refus de l'existence sociale va jusqu'à la mort, qui devient un leurre.
Impact du sida : Depuis les années 1980, le développement du sida a introduit une nouvelle dimension dans la confrontation avec la mort. Les usagers de drogues injectables sont particulièrement exposés, et l'association de la toxicomanie et du sida pose un problème de santé publique majeur.
Poisons de l'esprit, drogues, « came »
Classification initiale de Louis Lewin (1924) Louis Lewin a proposé la première classification des substances psychoactives dans son ouvrage Phantastica. Cette classification distingue :
Euphorisants (Euphorica) : Opium, morphine, codéine, héroïne, cocaïne.
Hallucinogènes (Phantastica) : Peyotl (mescaline), chanvre indien, amanite muscarine, solanacées à alcaloïdes (belladone, Datura, jusquiame).
Enivrants (Inebriantia) : Alcools, éther, chloroforme, benzène.
Hypnotiques (Hypnotica) : Barbituriques, chloral, véronal, sulfonal, kawa-kawa.
Excitants (Excitantia) : Caféine (café, thé, cola, maté), camphre, cat, tabac, bétel.
À ces catégories, il faut ajouter des hallucinogènes comme le LSD, la psylocybine, et des amphétamines comme la STP, la MDA, et la MDMA (ecstasy).
Modification par Delay et Deniker (1957) Jean Delay et Pierre Deniker ont modifié la classification de Lewin, distinguant :
Psycholeptiques (sédatifs).
Psychoanaleptiques (excitants) : Incluant les amphétamines et les antidépresseurs.
Psychodysleptiques (perturbateurs de l'activité psychique) : Hallucinogènes, délirogènes, stupéfiants, alcool.
Dépendance et escalade L'Organisation mondiale de la santé (O.M.S.) préfère classer les substances par le type de dépendance : morphinique, cocaïnique, cannabique. La dépendance peut être physique (nécessité de la substance pour l'équilibre physique, manifestée par un syndrome d'abstinence) ou psychique (pulsion à absorber la substance pour le plaisir ou éviter le malaise). La distinction entre dépendance physique et psychique est souvent floue et controversée.
Concept d'escalade L'idée d'une escalade automatique du cannabis à l'héroïne est remise en question. Seule une petite proportion (environ 5%) des consommateurs de cannabis passe à l'héroïne. Cette escalade semble liée à des structures psychologiques spécifiques à certains individus.
Reponses publiques autorisees